Comment un film à 150 millions de dollars a-t-il pu figurer parmi les plus gros échecs de l’histoire du cinéma ?
Produit et scénarisé par Peter Jackson pour marquer les débuts de réalisateur de Christian Rivers, Mortal Engines adapte le roman steampunk de Philip Reeve pour un budget compris entre 100 et 150 millions de dollars. Le film ne rapporte que 83,7 millions de dollars dans le monde, entraînant selon Deadline Hollywood une perte nette de 174,8 millions de dollars, l’un des échecs financiers les plus lourds de l’histoire récente du cinéma.
Le contexte
Fort du succès considérable de ses trilogies Le Seigneur des anneaux et Le Hobbit, Peter Jackson choisit de produire et de coscénariser, aux côtés de ses collaboratrices habituelles Fran Walsh et Philippa Boyens, l’adaptation cinématographique de Mortal Engines, roman steampunk britannique publié en 2001 par l’auteur Philip Reeve, dépeignant un futur lointain où d’immenses cités mécaniques mobiles se dévorent littéralement les unes les autres pour survivre. Jackson confie la réalisation à Christian Rivers, jusque-là superviseur des effets spéciaux sur ses propres films, pour ce qui constitue les tout premiers pas de ce dernier derrière la caméra sur un long métrage. Le tournage se déroule d’avril à juillet 2017 dans les studios de Stone Street à Wellington, en Nouvelle-Zélande, avec Hugo Weaving dans le rôle de l’antagoniste Thaddeus Valentine, Hera Hilmar dans celui de l’héroïne Hester Shaw et Robert Sheehan dans celui de l’apprenti historien Tom Natsworthy, tandis que les studios d’effets visuels de Weta Digital conçoivent en images de synthèse à l’échelle réelle les gigantesques cités mobiles au cœur de l’intrigue.
La décision
Le studio Universal engage un budget de production compris entre 100 et 150 millions de dollars pour donner vie à l’univers visuellement complexe imaginé par Reeve, misant sur l’ampleur spectaculaire des décors et des effets numériques pour compenser la relative confidentialité du matériau d’origine auprès du grand public international, la saga littéraire de Reeve restant essentiellement connue du seul lectorat britannique de littérature jeunesse.
La chute
Sorti le 14 décembre 2018, en concurrence directe avec Spider-Man: New Generation et le film dramatique The Mule, Mortal Engines ne récolte que 16 millions de dollars sur le marché nord- américain et 67,7 millions de dollars à l’international, pour un total mondial de seulement 83,7 millions de dollars, une performance dérisoire au regard de son budget de production. Deadline Hollywood calcule une perte nette de 174,8 millions de dollars une fois intégrés l’ensemble des coûts de marketing et de distribution, classant le film parmi les plus lourds échecs financiers de l’histoire récente du cinéma. Le film recueille par ailleurs un accueil critique mitigé, avec seulement 25 % d’avis favorables sur Rotten Tomatoes et une note de 44 sur 100 sur Metacritic, le critique du Guardian Peter Bradshaw le qualifiant de « Star Wars steampunk » à mi-chemin entre Terry Gilliam et Neil Gaiman, jugé « épuisant à force de frénésie et de dérivatif ».
Les conséquences
L’auteur original du roman, Philip Reeve, se montre pourtant nettement plus enthousiaste vis-à-vis du résultat final, estimant que « Christian Rivers a accompli un travail fantastique, un immense film d’action visuellement impressionnant, avec un rythme parfait et un véritable cœur émotionnel », un jugement qui contraste fortement avec la réception plus mitigée réservée par la presse généraliste. L’échec commercial met un terme immédiat à toute ambition de suite ou d’adaptation des romans suivants de la saga littéraire de Reeve, qui comptait pourtant plusieurs volumes supplémentaires susceptibles d’alimenter une franchise cinématographique plus large.
Et depuis ?
L’échec de Mortal Engines demeure aujourd’hui régulièrement cité aux côtés d’autres grands désastres financiers hollywoodiens pour illustrer les risques considérables associés à l’adaptation d’une œuvre littéraire de niche avec un budget de blockbuster, sans que la notoriété préalable du matériau d’origine ne soit suffisante pour garantir l’intérêt d’un public international peu familier de son univers. L’épisode contribue également à freiner, au moins temporairement, l’appétit des studios pour de nouvelles adaptations de sagas young-adult britanniques au budget aussi ambitieux, un genre pourtant en pleine expansion durant la décennie précédente, à la suite notamment du succès massif rencontré par des franchises comparables comme Hunger Games ou Divergente.
Universal avait déjà subi un revers comparable l’année précédente avec Dark Universe, tandis que John Carter, chez Disney, reste la référence absolue de l’adaptation ambitieuse d’un matériau de niche qui ne trouve jamais son public.
Sources
- Mortal Engines (film) — Wikipedia
- Peter Jackson — Wikipedia
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