Comment cinq médailles olympiques ont-elles pu être retirées sept ans après les Jeux ?
Triple championne olympique et double médaillée de bronze à Sydney en 2000, Marion Jones nie pendant sept ans avoir jamais consommé de produits dopants. Le 5 octobre 2007, elle plaide coupable d’avoir menti sous serment à deux jurys fédéraux dans le cadre du scandale BALCO. Le CIO la dépouille de ses cinq médailles deux mois plus tard, et elle purge six mois de prison fédérale en 2008 pour parjure.
Le contexte
Lors des Jeux olympiques de Sydney en septembre 2000, la sprinteuse américaine Marion Jones réalise l’un des palmarès individuels les plus impressionnants de l’histoire de l’athlétisme olympique, remportant l’or du 100 mètres, du 200 mètres et du relais 4x400 mètres, ainsi que le bronze du saut en longueur et du relais 4x100 mètres. Pendant les sept années suivantes, Jones nie avec constance et assurance devant la presse, ses sponsors et même à deux reprises devant des jurys fédéraux d’accusation, avoir jamais consommé la moindre substance dopante au cours de sa carrière.
La décision
Le fondateur du laboratoire californien BALCO, Victor Conte, révèle en décembre 2004 sur la chaîne ABC lui avoir personnellement fourni quatre substances dopantes distinctes avant, pendant et après les Jeux de Sydney, tandis que son ex-mari C.J. Hunter témoigne de son côté qu’elle consommait de l’érythropoïétine et d’autres produits interdits dès avant l’édition 2000. Son entraîneur Trevor Graham lui fournit quant à lui ce qu’il présente initialement comme un simple complément à l’huile de lin, en réalité un stéroïde anabolisant conçu spécifiquement pour échapper aux contrôles antidopage classiques.
La chute
Le 5 octobre 2007, Marion Jones plaide finalement coupable devant la justice fédérale américaine de deux chefs d’accusation distincts : avoir menti aux agents fédéraux sur sa consommation de stéroïdes avant les Jeux de Sydney, et avoir menti séparément aux enquêteurs de la sécurité intérieure sur sa connaissance d’un système de fraude par chèques. Elle reconnaît ainsi avoir délibérément menti sous serment devant deux jurys d’accusation distincts, l’un consacré au réseau de dopage BALCO et l’autre à cette affaire financière parallèle. Le Comité international olympique la dépouille formellement de l’intégralité de ses cinq médailles de Sydney dès le 12 décembre 2007, la disqualifiant également rétroactivement de sa cinquième place au saut en longueur des Jeux d’Athènes 2004, et lui interdit également toute présence en tant que spectatrice accréditée aux Jeux de Pékin 2008.
Les conséquences
Le juge fédéral Kenneth Karas la condamne le 11 janvier 2008 à six mois de prison ferme, une peine qu’elle purge à partir du 11 mars 2008 au centre médical fédéral de Fort Worth, au Texas, avant sa libération le 5 septembre suivant, devenant ainsi l’une des rares athlètes olympiques de premier plan à connaître une incarcération fédérale directement liée aux conséquences judiciaires d’un scandale de dopage. Malgré des revenus considérables au sommet de sa carrière, compris entre 70 000 et 80 000 dollars par course sans compter ses contrats publicitaires, Jones connaît par la suite d’importantes difficultés financières, sa résidence de 2,5 millions de dollars en Caroline du Nord faisant l’objet d’une saisie immobilière dès 2006, un revers financier supplémentaire qui précède de peu la déchéance judiciaire et sportive bien plus retentissante encore qui allait suivre l’année suivante.
Et depuis ?
Jones publie en 2010 un livre de mémoires consacré à sa chute et à sa reconstruction personnelle, avant de se reconvertir comme conférencière puis entraîneuse sportive, y compris deux saisons de basket-ball professionnel disputées avec le Tulsa Shock entre 2010 et 2011. Invitée en 2008 sur le plateau d’Oprah Winfrey, elle affirmera qu’elle aurait selon elle remporté l’or olympique même sans recourir à des produits dopants, une affirmation impossible à vérifier mais qui illustre la difficulté persistante, pour certains athlètes déchus, à pleinement admettre l’ampleur réelle de l’avantage compétitif obtenu par la fraude. L’affaire Marion Jones demeure aujourd’hui l’un des cas les plus emblématiques de chute sportive liée au dopage, régulièrement cité pour illustrer combien un déni prolongé et répété sous serment peut aggraver considérablement, sur le plan judiciaire, les conséquences d’une infraction sportive initialement circonscrite au seul dopage.
Sources
- Marion Jones — Wikipedia
- BALCO scandal — Wikipedia
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