Comment un western à 375 millions de dollars a-t-il pu ne rapporter que 260 millions ?
Voulant reproduire la formule de Pirates des Caraïbes avec Johnny Depp, Disney investit environ 250 millions de dollars de production pour The Lone Ranger, un western dont le tournage accumule réécritures, intempéries et un accident mortel sur le plateau. Le film ne rapporte que 260,5 millions de dollars dans le monde, forçant Disney à comptabiliser entre 160 et 190 millions de dollars de pertes.
Le contexte
Persuadé de pouvoir reproduire avec Johnny Depp le succès phénoménal de la franchise Pirates des Caraïbes, Disney confie à ce même tandem créatif, le réalisateur Gore Verbinski et le producteur Jerry Bruckheimer, l’adaptation de la franchise radiophonique et télévisée classique du Lone Ranger, avec Armie Hammer dans le rôle-titre et Depp dans celui de son acolyte amérindien Tonto. Le projet est brièvement suspendu en août 2011, le directeur général de Disney Bob Iger jugeant alors son budget prévisionnel excessif.
La décision
Le tournage accumule les difficultés : intempéries, incendies de forêt, une épidémie de varicelle au sein de l’équipe et surtout la mort tragique d’un expert en sécurité aquatique, Michael Andrew Bridger, en septembre 2012. Plusieurs réécritures successives du scénario s’ajoutent à ces retards, tandis que le compositeur Jack White, initialement engagé, doit être remplacé par Hans Zimmer en décembre 2012 pour incompatibilité d’emploi du temps. Verbinski, Bruckheimer, Depp et Hammer acceptent chacun de différer 20 % de leur rémunération pour tenter de contenir l’explosion des coûts, qui atteignent malgré tout environ 250 millions de dollars de production, auxquels s’ajoutent 150 millions supplémentaires de marketing et de distribution.
La chute
Sorti le 3 juillet 2013, le film ne rapporte que 29,3 millions de dollars sur son week-end d’ouverture américain, terminant en seconde position derrière Moi, moche et méchant 2, sorti la même semaine avec un budget presque trois fois inférieur. Les recettes mondiales totales du film plafonnent finalement à 260,5 millions de dollars, un montant très en deçà des quelque 400 millions de dollars de dépenses totales engagées par le studio. L’accueil critique se révèle tout aussi sévère, avec seulement 31 % d’avis favorables sur Rotten Tomatoes et une note moyenne de 37 sur 100 sur Metacritic, la synthèse collective du site dénonçant un « scénario fade » et une « avalanche d’action assourdissante ». L’accueil se révèle toutefois nettement plus contrasté selon les territoires, la critique britannique se montrant sensiblement plus indulgente, le magazine Empire lui accordant quatre étoiles sur cinq, tandis que le réalisateur Quentin Tarantino inclut de façon inattendue le film parmi ses dix films préférés de l’année 2013, tout en réservant certaines réserves sur sa représentation de la violence envers les populations amérindiennes.
Les conséquences
Le directeur financier de Disney, Jay Rasulo, reconnaît dès la publication des résultats du quatrième trimestre fiscal 2013 une perte comprise entre 160 et 190 millions de dollars directement imputable au film, un montant confirmé sans détour l’année suivante par le président du studio Alan Bergman, qui admet que la situation financière ne s’était « pas vraiment améliorée » depuis. Le producteur Jerry Bruckheimer défend malgré tout son pari budgétaire initial, estimant qu’« à chaque fois qu’on se lance, il faut viser le grand coup », tandis que le président de Disney Studios Alan Horn évoquera avec une ironie amère les coupes finalement imposées à certaines scènes jugées trop explicites du film.
Et depuis ?
Les observateurs du secteur comparent régulièrement l’échec du Lone Ranger à d’autres westerns à gros budget également malmenés au box-office, comme Wild Wild West en 1999 ou Cowboys et Envahisseurs en 2011, un journaliste spécialisé du magazine Boxoffice le qualifiant même de « genre de four dont on parlera encore pendant des années » au regard du prestige des talents pourtant réunis pour le projet. L’échec du film reste aujourd’hui un cas d’école régulièrement cité en production cinématographique pour illustrer les limites d’une stratégie consistant à vouloir reproduire mécaniquement, sur un genre cinématographique différent, la formule d’un succès commercial antérieur sans réellement en réinterroger la pertinence pour ce nouveau contexte narratif.
Sources
- The Lone Ranger (2013 film) — Wikipedia
- Johnny Depp — Wikipedia
- Jerry Bruckheimer — Wikipedia
- The Walt Disney Company — Wikipedia
Histoires liées





