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Pourquoi la grippe de 1918 porte-t-elle le nom d’un pays qui n’en est probablement pas à l’origine ?

La pandémie de grippe de 1918 doit son nom à l’Espagne, alors qu’elle n’y a probablement jamais pris naissance. Restée neutre pendant la Première Guerre mondiale, l’Espagne est le seul grand pays européen dont la presse, non censurée, a pu librement rapporter l’épidémie, laissant croire à tort qu’elle en était le foyer d’origine.

Pièce n°329Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 2/5 — Beau flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

En 1918, une pandémie de grippe particulièrement meurtrière frappe simultanément l’ensemble du globe, en pleine dernière année de la Première Guerre mondiale, contaminant au total environ 500 millions de personnes et causant, selon les estimations les plus généralement admises, entre 25 et 50 millions de morts à travers le monde, certaines évaluations plus larges avançant même un bilan pouvant atteindre jusqu’à 100 millions de victimes. Les grandes puissances belligérantes, Royaume-Uni, France, Allemagne et États-Unis en tête, appliquent alors une censure de presse stricte sur toute information susceptible d’affecter le moral des troupes ou de la population, y compris les nouvelles sanitaires jugées démoralisantes concernant l’ampleur réelle de l’épidémie en cours sur leur propre territoire national.

La décision

L’Espagne, restée officiellement neutre pendant tout le conflit, ne connaît quant à elle aucune censure de guerre comparable, laissant sa presse rapporter librement et sans restriction l’ampleur de l’épidémie sur son territoire. Le 28 mai 1918, le journal madrilène El Sol titre sans détour « Sa Majesté le Roi est malade », révélant que le roi Alphonse XIII lui-même a contracté la grippe, alors que quelque 80 000 personnes se trouvent déjà infectées dans la seule capitale espagnole à cette date. Cette couverture médiatique abondante et sans filtre, précisément parce qu’elle contraste violemment avec le silence imposé ailleurs en Europe, donne l’impression trompeuse que l’Espagne constitue le foyer principal, voire unique, de départ de la pandémie.

La chute

Dès juin 1918, le quotidien britannique The Times constate que tout le monde considère désormais cette épidémie comme la « grippe espagnole », un raccourci déjà solidement ancré dans l’opinion publique en quelques semaines à peine malgré l’absence de toute preuve épidémiologique sérieuse appuyant cette origine géographique précise. Les autorités sanitaires espagnoles protestent vigoureusement contre cette appellation jugée profondément injuste : un responsable médical madrilène écrit ainsi au Journal of the American Medical Association que cette épidémie n’est manifestement pas née en Espagne, une mise au point qu’il espère voir un jour reconnue comme une réhabilitation historique méritée pour son pays.

Les conséquences

En Espagne même, la population préfère alors désigner l’épidémie sous le nom de « grippe française », ou parfois sous le surnom plus insolite de « soldat de Naples », emprunté aux paroles d’une chanson populaire tirée d’une zarzuela, la forme espagnole traditionnelle d’opérette, reflétant le même réflexe universel de rejet de la responsabilité vers le pays voisin plutôt qu’une quelconque certitude scientifique sur son origine réelle. Plus d’un siècle plus tard, l’origine géographique exacte de la pandémie de 1918 demeure d’ailleurs toujours activement débattue parmi les chercheurs, certains évoquant le comté rural de Haskell au Kansas, d’autres le camp militaire français d’Étaples où des porcs et des oiseaux auraient pu favoriser une mutation virale décisive, sans qu’aucun consensus scientifique définitif n’ait jamais pu être établi à ce jour, faute de données épidémiologiques suffisamment complètes et fiables collectées à l’époque des faits dans les régions concernées.

Et depuis ?

Tirant directement les leçons de cet épisode et d’autres stigmatisations géographiques comparables au fil du XXe siècle, l’Organisation mondiale de la santé publie en 2015 des recommandations officielles de bonnes pratiques concernant la dénomination des nouvelles maladies, citant explicitement l’appellation « grippe espagnole » comme un exemple typique à ne surtout plus reproduire à l’avenir. De nombreux historiens et chercheurs contemporains lui préfèrent désormais des formulations plus neutres comme « pandémie de grippe de 1918-1919 », une évolution terminologique directement héritée de cette confusion fondatrice, plus d’un siècle plus tôt, entre le simple degré de transparence médiatique d’un pays donné et l’origine géographique réelle, souvent bien plus difficile à établir, d’une maladie véritablement mondiale.

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Sources

  1. Spanish flu — Wikipedia
  2. Alfonso XIII of Spain — Wikipedia
  3. World Health Organization — Wikipedia
  4. Censorship during World War I — Wikipedia
  5. Camp Funston — Wikipedia