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Pourquoi Excite a-t-il refusé de racheter Google pour 750 000 dollars en 1999 ?

En 1999, les fondateurs de Google proposent de vendre leur start-up au portail Excite pour 750 000 dollars. Son PDG George Bell refuse, jugeant les deux moteurs de recherche équivalents. Excite fait faillite deux ans plus tard ; Google devient l’une des entreprises les plus valorisées de l’histoire.

Pièce n°147Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Au printemps 1999, Google n’est encore qu’une start-up de moteur de recherche opérant depuis un garage puis de modestes bureaux de Mountain View, fondée un an plus tôt par deux doctorants de Stanford, Larry Page et Sergey Brin. À court de financement pour poursuivre son développement, l’un de ses premiers investisseurs, le capital-risqueur Vinod Khosla, organise une rencontre avec Excite, alors le deuxième portail internet le plus visité des États-Unis derrière Yahoo, dirigé par George Bell, dans l’idée de lui vendre purement et simplement la jeune entreprise.

La décision

Page et Brin réclament initialement un million de dollars pour céder Google ; Khosla parvient à négocier ce montant à la baisse jusqu’à 750 000 dollars. George Bell refuse pourtant les deux offres. Sa décision repose sur un raisonnement de fond, pas seulement financier : reprendre Google obligerait Excite à arracher son propre moteur de recherche interne pour le remplacer entièrement par une technologie développée par une poignée d’inconnus, un choix qu’il juge risqué pour son entreprise. Un test comparatif mené en interne conclut par ailleurs que les résultats de recherche de Google ne sont pas jugés suffisamment supérieurs à ceux d’Excite pour justifier une telle opération, aux yeux de ses dirigeants.

La chute

Le raisonnement de Bell ignore une différence de modèle économique pourtant fondamentale : Excite, comme la plupart des portails de l’époque, cherche à retenir le plus longtemps possible les internautes sur ses propres pages, saturées de publicités, tandis que Google est justement conçu pour renvoyer l’utilisateur vers sa destination le plus rapidement possible — deux philosophies commerciales diamétralement opposées que Bell ne perçoit pas comme un signal d’alarme. Quelques mois plus tard, en 1999 toujours, Excite fusionne avec le fournisseur d’accès câblé @Home Network pour 6,7 milliards de dollars, une opération saluée à l’époque comme la promesse d’un futur concurrent d’AOL, et voit son cours de bourse culminer à plus de 128 dollars l’action pour une valorisation boursière de 35 milliards de dollars au premier trimestre 1999.

Les conséquences

L’éclatement de la bulle Internet emporte cependant Excite@Home en quelques mois à peine, malgré une base d’abonnés à l’accès câblé haut débit passée de 330 000 au début de 1999 à plus de 3,7 millions à la mi-2001 : des investissements coûteux dans les infrastructures et l’effondrement des recettes publicitaires en ligne plombent les comptes de l’entreprise, qui essuie une perte de 7,44 milliards de dollars sur la seule année 2000, voit son action chuter à un dollar, et dépose le bilan le 28 septembre 2001. Google, de son côté, poursuit sa croissance sans l’aide d’Excite et devient l’une des entreprises les plus valorisées de l’histoire, entrant en bourse en 2004 avec une capitalisation initiale de plus de 23 milliards de dollars, avant de dépasser les mille milliards de dollars de valorisation deux décennies plus tard, sous le nom de sa maison mère Alphabet, créée en 2015 pour chapeauter l’ensemble de ses activités.

Et depuis ?

L’anecdote, popularisée notamment par Vinod Khosla lui-même lors d’une conférence en 2010, est depuis systématiquement citée dans les écoles de commerce et les articles spécialisés en capital-risque comme l’exemple le plus frappant d’une occasion manquée dans l’histoire de la Silicon Valley — un raté d’autant plus douloureux, avec le recul, que la somme refusée représentait une fraction infime de ce que Google allait finir par valoir. George Bell lui-même reconnaîtra plus tard, sans grande difficulté, avoir laissé passer l’une des meilleures affaires de toute l’histoire de la tech, sans jamais chercher à minimiser publiquement, par la suite, l’ampleur de cette erreur de jugement collective.

Excite n’est pas un cas isolé : Blockbuster refusera Netflix pour 50 millions de dollars en 2000, et Yahoo préférera se vendre moins cher que l’offre de Microsoft en 2008 — trois occasions manquées séparées par moins d’une décennie. Decca avait déjà raté, en 1962, les Beatles pour des raisons tout aussi logistiques que celles invoquées par Bell.

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Sources

  1. When Google Wanted To Sell To Excite For Under $1 Million — And They Passed — TechCrunch
  2. Excite Had a Chance to Buy Google for $750K, But Turned It Down — Today I Found Out
  3. The Real Reason Excite Turned Down Buying Google For $750,000 In 1999 — Internet History Podcast
  4. Excite@Home — Wikipedia
  5. ExciteAtHome Folds — CBS News