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Comment le fabricant de l’ordinateur le plus vendu de l’histoire a-t-il fait faillite en dix ans ?

Avec le Commodore 64, sorti en 1982 et resté depuis l’ordinateur personnel le plus vendu de l’histoire, Commodore International domine un temps l’industrie informatique mondiale. Rongée par des querelles internes de direction et une incapacité chronique à moderniser sa gamme Amiga, l’entreprise dépose le bilan le 29 avril 1994, ses actifs se dispersant ensuite entre une dizaine de sociétés différentes.

Pièce n°289Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Fondée en 1976 par Jack Tramiel et Irving Gould, Commodore International connaît un succès retentissant avec le lancement en 1982 du Commodore 64, doté de capacités graphiques et sonores avancées pour son époque grâce aux puces conçues par sa filiale MOS Technology. Porté par une guerre des prix agressive initiée par Tramiel lui-même dès 1983, l’appareil s’écoule au total à environ 22 millions d’exemplaires sur l’ensemble de sa carrière commerciale, restant depuis l’ordinateur personnel le plus vendu de l’histoire jusqu’à ce que le Raspberry Pi ne le dépasse finalement en 2019, l’entreprise vendant alors, à son apogée, presque autant d’ordinateurs que l’ensemble du reste de l’industrie réunie.

La décision

Malgré un chiffre d’affaires annuel dépassant le milliard de dollars et un bénéfice net de 100 millions de dollars, Jack Tramiel démissionne dès janvier 1984 à la suite d’un désaccord profond avec le président du conseil d’administration Irving Gould, qui le remplace par un dirigeant issu de l’industrie sidérurgique et totalement étranger au secteur informatique. La direction restante réagit en rachetant dès août 1984 la société Amiga Corporation pour 25 millions de dollars, donnant naissance à une nouvelle gamme d’ordinateurs personnels réputée pour son architecture 32 bits et ses capacités multitâches avancées, très en avance sur son temps.

La chute

Malgré cette avance technique reconnue, Commodore souffre d’une gestion interne chaotique et de relations exécrables avec ses propres développeurs et revendeurs, un observateur du secteur résumant l’expérience de travailler avec l’entreprise à « négocier avec Attila le Hun ». Un sondage informel mené lors du salon Comdex de 1987 révèle qu’aucun développeur présent ne prévoit plus d’écrire de logiciels pour les plateformes Commodore. L’entreprise échoue par ailleurs à moderniser suffisamment vite sa gamme Amiga face à la progression rapide des ordinateurs personnels concurrents, continuant de commercialiser des modèles équipés de processeurs à 7,14 mégahertz alors que la concurrence utilise déjà des puces bien plus puissantes, tandis que l’essor des jeux en 3D comme Doom et Wolfenstein 3D achève de rendre la plateforme obsolète pour le jeu vidéo. L’entreprise frôle d’ailleurs déjà une première faillite dès 1986, n’obtenant qu’un mois de sursis supplémentaire sur 192 millions de dollars de prêts en défaut de paiement, avant de multiplier les mauvais paris produits, comme l’ordinateur multimédia CDTV puis la console de jeu Amiga CD32 lancée en 1993, dont l’un de ses propres dirigeants reconnaîtra plus tard qu’il s’agissait d’un « ratage complet et total ».

Les conséquences

Le journaliste du magazine Forbes Evan McGlinn attribuera plus tard le déclin de l’entreprise au « style de gestion à distance » pratiqué par son président-directeur général Irving Gould, alors constamment en déplacement à travers le monde plutôt qu’impliqué dans la gestion opérationnelle quotidienne. Le 29 avril 1994, après avoir enregistré une perte trimestrielle de 8,2 millions de dollars sur ses seules opérations américaines, Commodore International annonce sa mise en faillite volontaire et la liquidation de l’ensemble de ses actifs au bénéfice de ses créanciers.

Et depuis ?

Les actifs de Commodore se dispersent ensuite entre de multiples repreneurs successifs : la société allemande Escom rachète l’ensemble pour 14 millions de dollars en 1995, avant de faire elle-même faillite dès 1996, entraînant la dispersion des droits sur la marque Amiga vers Gateway 2000 et sur le nom Commodore lui-même vers le groupe néerlandais Tulip Computers. La marque Commodore demeure aujourd’hui un symbole particulièrement marquant de l’histoire de l’informatique personnelle pour illustrer comment une avance technologique incontestable, aussi solide soit-elle, ne suffit jamais à elle seule à garantir la pérennité d’une entreprise privée d’une gestion stratégique suffisamment cohérente et engagée sur le long terme.

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Sources

  1. Commodore International — Wikipedia
  2. Commodore 64 — Wikipedia
  3. Amiga — Wikipedia
  4. Jack Tramiel — Wikipedia