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Comment des écoutes téléphoniques ont-elles envoyé le club le plus titré d’Italie en deuxième division ?

En mai 2006, des écoutes téléphoniques révèlent que des dirigeants de plusieurs grands clubs italiens, la Juventus en tête, orientaient depuis des années la désignation des arbitres pour influencer les résultats du championnat. La Juventus, sanctionnée le plus sévèrement, perd deux titres de champion et se retrouve reléguée pour la première fois de son histoire en deuxième division.

Pièce n°122Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Au printemps 2006, alors que la Juventus vient de remporter son deuxième titre de champion d’Italie consécutif, une enquête judiciaire menée par le parquet de Naples sur des affaires de paris sportifs truqués aboutit, presque incidemment, à la mise sur écoute téléphonique du directeur général de la Juventus, Luciano Moggi, considéré comme l’un des dirigeants les plus puissants et les plus influents du football italien. Les conversations interceptées, rendues publiques à partir de début mai 2006, révèlent des échanges directs entre Moggi et des responsables de la fédération italienne de football concernant la désignation des arbitres pour certains matchs de championnat.

La décision

Les écoutes mettent en lumière un système où Moggi choisissait ou récusait activement certains arbitres selon leur propension supposée à favoriser la Juventus, une pratique qui s’étend selon l’enquête à plusieurs autres grands clubs italiens impliqués à des degrés divers, dont l’AC Milan, la Lazio de Rome et la Fiorentina. La fédération italienne, sous la pression d’un scandale qui menace la crédibilité de l’ensemble du championnat à quelques semaines de la Coupe du monde 2006 où l’Italie est elle-même engagée, ouvre une procédure disciplinaire exceptionnelle contre l’ensemble des clubs mis en cause par l’enquête judiciaire.

La chute

Le verdict, rendu à l’été 2006, frappe la Juventus d’une sanction sans précédent dans l’histoire du football italien : le club, seul parmi les clubs impliqués à subir une relégation effective, est rétrogradé en Serie B, la deuxième division italienne, et se voit retirer ses deux derniers titres de champion d’Italie, ceux de 2005 et 2006, laissés sans attribution officielle. Une pénalité de points de départ, initialement fixée à trente points avant d’être réduite à neuf en appel, s’ajoute à cette sanction pour la saison suivante en Serie B, tandis qu’une amende de 75 000 euros complète le dispositif punitif.

Les conséquences

Les autres clubs impliqués écopent de sanctions moins sévères mais néanmoins significatives : l’AC Milan, sauvé de la relégation en appel, subit néanmoins une pénalité de points et une exclusion de la Ligue des champions pour la saison suivante, tandis que la Fiorentina et la Lazio, également menacées de relégation, voient leur sanction commuée en pénalités de points en Serie A. Plusieurs dirigeants et arbitres impliqués, dont Luciano Moggi lui-même, écopent de suspensions allant de plusieurs mois à plusieurs années d’interdiction d’exercer une fonction dirigeante dans le football italien.

Et depuis ?

Le scandale du Calciopoli reste aujourd’hui l’un des plus grands scandales de corruption sportive de l’histoire européenne, ayant durablement écorné la réputation internationale du championnat italien de football à une époque où celui-ci comptait déjà parmi les plus suivis au monde. La Juventus, dont la relégation en 2006 constitue un choc historique pour l’un des clubs les plus titrés et les plus populaires du pays, remonte dès la saison suivante en Serie A et reconstruit progressivement son palmarès au cours de la décennie suivante, sans que la controverse sur la légitimité de ses titres des années 2000 ne se soit jamais totalement éteinte dans le débat sportif italien.

Luciano Moggi lui-même, figure centrale du scandale, ne sera finalement jamais condamné pénalement pour manipulation sportive à l’issue des procédures judiciaires, la justice italienne retenant essentiellement des faits prescrits ou insuffisamment caractérisés sur le plan pénal, une issue judiciaire qui contraste avec l’ampleur des sanctions strictement sportives infligées par la fédération. Le scandale reste depuis régulièrement invoqué dans les débats sur la nécessité d’organes disciplinaires sportifs pleinement indépendants des fédérations elles-mêmes, jugées par certains observateurs trop proches des intérêts des grands clubs pour instruire efficacement ce type d’affaire en toute impartialité.

D’autres scandales sportifs révéleront, avant et après Calciopoli, l’ampleur de la triche organisée dans le sport de haut niveau : l’affaire Festina sur le Tour de France en 1998, puis la déchéance de Lance Armstrong en 2012.

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Sources

  1. Calciopoli — Wikipedia
  2. Calciopoli — Wikipédia