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Comment un logiciel truqueur a-t-il fait perdre 33 milliards de dollars à Volkswagen ?

Entre 2009 et 2015, Volkswagen équipe 11 millions de véhicules diesel d’un logiciel capable de détecter les tests d’homologation et de réduire artificiellement leurs émissions polluantes. Révélé en septembre 2015, le scandale coûte au groupe plus de 33 milliards de dollars.

Pièce n°454Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Au milieu des années 2000, Volkswagen mise massivement sur le moteur diesel « propre » pour conquérir le marché américain, où cette motorisation reste minoritaire face à l’essence. Le groupe promet des véhicules à la fois économes en carburant, dynamiques et conformes aux normes antipollution américaines, particulièrement strictes sur les oxydes d’azote (NOx), sans recourir aux coûteux systèmes de traitement des gaz d’échappement déjà utilisés par certains concurrents. Pour tenir cette promesse en apparence contradictoire, les ingénieurs du groupe développent en interne un logiciel de gestion moteur capable de reconnaître les conditions spécifiques d’un test d’homologation en laboratoire.

La décision

Ce logiciel, installé sur les moteurs diesel quatre cylindres de type EA 189 puis étendu à d’autres motorisations, active un dispositif de dépollution renforcé uniquement lorsqu’il détecte les paramètres caractéristiques d’un banc d’essai réglementaire (position du volant immobile, roues avant seules en mouvement, cycle de conduite standardisé). Sur route ouverte, dans des conditions de conduite réelles, ce même dispositif se désactive automatiquement, laissant le moteur émettre jusqu’à quarante fois plus d’oxydes d’azote que le seuil légal américain, en échange d’une meilleure performance et d’une consommation de carburant plus faible. Entre 2009 et 2015, Volkswagen équipe ainsi environ onze millions de véhicules diesel dans le monde de ce dispositif, commercialisé sous les marques Volkswagen, Audi, Škoda, Seat et Porsche.

La chute

En 2014, le Conseil international pour un transport propre (ICCT) finance une étude confiée à des chercheurs de l’université de Virginie-Occidentale, chargés de mesurer les émissions réelles de voitures diesel réputées propres directement sur route, à l’aide d’équipements portables. Deux des trois véhicules testés, tous deux des Volkswagen, affichent des niveaux d’émissions d’oxydes d’azote très supérieurs aux résultats obtenus en laboratoire, sans que les chercheurs parviennent d’abord à expliquer cet écart. Après plusieurs mois d’échanges infructueux entre l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) et Volkswagen, l’entreprise finit par reconnaître, en septembre 2015, l’existence du logiciel truqueur. Le 18 septembre 2015, l’EPA rend l’affaire publique en notifiant formellement à Volkswagen une violation du Clean Air Act.

Les conséquences

Le titre Volkswagen perd environ un tiers de sa valeur boursière en quelques jours seulement après la révélation du scandale. Le 23 septembre 2015, le directeur général Martin Winterkorn démissionne, tout en niant toute faute personnelle ; il sera plus tard formellement inculpé par la justice allemande pour fraude. Volkswagen doit racheter ou réparer des centaines de milliers de véhicules aux États-Unis, verser des dédommagements aux propriétaires concernés et s’acquitter d’amendes colossales auprès des autorités américaines et allemandes. Un ancien cadre du groupe, Oliver Schmidt, est condamné en 2017 à sept ans de prison aux États-Unis pour son rôle dans la dissimulation de la fraude, tandis que Volkswagen plaide coupable la même année devant la justice fédérale américaine et accepte de verser 4,3 milliards de dollars d’amendes pénales et civiles, en plus d’un précédent règlement civil distinct d’environ 14,7 milliards de dollars conclu en 2016 avec les autorités et les propriétaires de véhicules américains concernés. Le coût total cumulé de l’affaire pour Volkswagen dépasse les 33 milliards de dollars dans les années qui suivent, entre amendes, rappels de véhicules et frais juridiques à l’échelle mondiale.

Et depuis ?

Le Dieselgate porte un coup durable à la réputation du moteur diesel dans son ensemble, accélérant sa disparition progressive du marché automobile européen au profit des motorisations hybrides et électriques, dans lesquelles Volkswagen investit désormais massivement pour redorer son image. L’affaire reste depuis citée en référence dans l’enseignement de l’éthique des affaires et de la conformité réglementaire, comme l’un des exemples les plus documentés d’une fraude industrielle organisée pendant plusieurs années à l’échelle de tout un groupe, révélée non par un lanceur d’alerte interne mais par des chercheurs universitaires indépendants menant une étude aux moyens comparativement modestes.

Près de quatre décennies plus tôt, la Ford Pinto avait déjà montré comment un calcul interne pouvait sciemment sacrifier la sécurité, ou ici la conformité environnementale, à des impératifs commerciaux ; la fraude comptable d’Enron illustre à sa manière ce même choix de dissimuler la réalité plutôt que d’admettre un échec.

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Sources

  1. How ICCT research unearthed the Dieselgate scandal — International Council on Clean Transportation (ICCT)
  2. EPA, California Notify Volkswagen of Clean Air Act Violations — U.S. Environmental Protection Agency (2015-09-18)
  3. "Dieselgate" - a timeline of the car emissions fraud scandal in Germany — Clean Energy Wire
  4. Volkswagen chief executive Winterkorn resigns — Al Jazeera (2015-09-24)
  5. German prosecutors charge former Volkswagen CEO Martin Winterkorn with fraud — NBC News