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Comment Rome, restée invaincue pendant huit siècles, a-t-elle été pillée par les Wisigoths d’Alaric ?

En 410, après des années de tergiversations diplomatiques et deux sièges déjà menaçants, le roi wisigoth Alaric met sa menace à exécution et s’empare de Rome, qu’aucune armée étrangère n’avait plus prise depuis huit siècles. L’Empire romain d’Occident, empêtré dans ses propres divisions internes, n’a jamais su transformer en paix durable les nombreuses occasions de négociation qui s’étaient présentées à lui.

Pièce n°209Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Depuis leur installation comme fédérés à l’intérieur des frontières romaines à la fin du IVe siècle, les Wisigoths menés par Alaric Ier cherchent en vain à obtenir de l’Empire d’Occident un territoire stable où s’établir durablement en échange de leurs services militaires. Après avoir ravagé la Grèce puis l’Italie du Nord sans qu’aucun accord satisfaisant ne soit trouvé avec la cour impériale, repliée par prudence à Ravenne plutôt qu’à Rome, Alaric assiège une première fois la capitale en 408, puis une seconde en 409, chaque fois levé contre le versement d’une rançon ou la promesse de nouvelles négociations qui n’aboutissent jamais concrètement.

La décision

L’empereur Honorius, retranché à Ravenne, protégée par ses marais, refuse à chaque fois de céder sur l’essentiel des revendications d’Alaric, qui ne demande pourtant rien de plus qu’un établissement légal pour son peuple et un commandement militaire romain reconnu à sa mesure. Après l’échec d’une ultime tentative de compromis, où le sénat romain lui-même pousse à la conciliation sans parvenir à infléchir la position de l’empereur, Alaric, à bout de patience après des années de promesses non tenues, décide en 410 de mettre sa menace à exécution plutôt que de continuer à négocier dans le vide.

La chute

Le 24 août 410, profitant possiblement d’une trahison depuis l’intérieur des murs selon plusieurs chroniqueurs anciens, les troupes d’Alaric pénètrent dans Rome par la porte Salaria, une ville que plus aucune armée étrangère n’avait réussi à prendre depuis l’invasion gauloise de 390 avant notre ère. Le pillage, contrairement à l’image d’une destruction totale parfois véhiculée par la postérité, reste relativement mesuré et se limite officiellement à trois jours, Alaric, lui-même chrétien arien, faisant respecter par ses troupes le droit d’asile dans la basilique Saint-Pierre et ses dépendances.

Les conséquences

Le choc psychologique dans tout le monde romain dépasse de loin les dégâts matériels réels, limités par la discipline relative imposée par Alaric à ses hommes : saint Jérôme, alors en Terre sainte, écrit que sa voix se brise et que les sanglots interrompent ses paroles à l’annonce de la nouvelle, tandis que saint Augustin entreprend d’écrire La Cité de Dieu en réponse directe aux accusations païennes selon lesquelles l’abandon des anciens dieux romains aurait provoqué ce désastre. Alaric lui-même meurt quelques mois plus tard, probablement de maladie, sans jamais avoir obtenu de l’Empire la reconnaissance territoriale stable qu’il recherchait depuis le début.

Et depuis ?

Le sac de Rome de 410 est aujourd’hui considéré par de nombreux historiens comme l’un des symboles les plus marquants du déclin de l’Empire romain d’Occident, bien que la ville reste nominalement sa capitale symbolique jusqu’à la déposition du dernier empereur en 476. L’épisode illustre un phénomène récurrent dans l’histoire des grandes puissances déclinantes : l’incapacité, par excès de rigidité diplomatique ou par déni de la nouvelle donne des rapports de force, à transformer en accord négocié une crise qui, une fois l’affrontement direct déclenché, se révèle finalement bien plus coûteuse que les concessions initialement refusées. Les Wisigoths d’Alaric, après cette prise sans lendemain territorial immédiat pour eux en Italie, poursuivent leur route vers la Gaule puis l’Espagne, où ils fondent quelques décennies plus tard le premier royaume durable établi sur d’anciennes terres impériales romaines.

Le trésor emporté par les Wisigoths lors de ce sac, dont on ignore aujourd’hui encore l’ampleur exacte faute d’inventaire contemporain fiable, disparaît avec eux dans leurs pérégrinations à travers l’Europe occidentale jusqu’en Espagne, alimentant depuis des siècles les spéculations et les recherches d’archéologues et de chasseurs de trésors sans qu’aucune trace tangible n’en ait jamais été retrouvée. L’épisode reste également l’un des tout premiers exemples documentés où un peuple considéré comme « barbare » par ses adversaires fait preuve, au moment même de sa victoire militaire la plus éclatante, d’une retenue religieuse organisée, respectant le droit d’asile chrétien avec un soin qui surprend jusqu’aux chroniqueurs romains les plus hostiles aux Goths.

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Sources

  1. 24 août 410 - Prise de Rome par Alaric — Herodote.net
  2. Sac de Rome (410) — Wikipédia