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Comment la fine fleur de la chevalerie européenne a-t-elle été anéantie par les Ottomans à Nicopolis ?

En 1396, une coalition de chevaliers venus de toute l’Europe, galvanisée par l’ardeur des seigneurs bourguignons, marche contre les Ottomans pour secourir Constantinople assiégée. Convaincus de leur supériorité, les croisés chargent sans attendre l’infanterie hongroise plus expérimentée et se font massacrer devant Nicopolis, un désastre qui met fin à l’ère des grandes croisades occidentales.

Pièce n°192Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

Depuis les années 1390, l’expansion ottomane menace directement Constantinople, dernier bastion de l’Empire byzantin, dont l’empereur Manuel II Paléologue lance des appels au secours désespérés à travers toute la chrétienté occidentale. Le roi de Hongrie Sigismond de Luxembourg, dont le royaume est en première ligne face à l’avancée turque dans les Balkans, répond en organisant une croisade dont l’écho traverse l’Europe : des chevaliers affluent de France, de Bourgogne, d’Angleterre, d’Allemagne et des Pays-Bas, formant une armée coalisée d’environ 15 000 à 20 000 hommes, avec en son sein un contingent français et bourguignon particulièrement nombreux et fier de sa réputation de meilleure chevalerie d’Europe.

La décision

Après avoir repris sans grande difficulté plusieurs places fortes turques du Danube, les croisés mettent le siège devant Nicopolis, solidement fortifiée et bien approvisionnée, en attendant sa reddition par épuisement. Le sultan Bayezid Ier, alors occupé à assiéger lui-même Constantinople, lève précipitamment le siège et fait forcer la marche à son armée pour venir dégager la ville assiégée, positionnant ses troupes sur une colline en avant de Nicopolis avec, en réserve cachée, sa cavalerie la plus expérimentée. Sigismond, connaissant les méthodes de combat ottomanes, propose que l’infanterie hongroise et locale, plus habituée à ce type d’adversaire, ouvre la bataille en première ligne pendant que la chevalerie occidentale reste en réserve.

La chute

Les chevaliers français et bourguignons, jugeant cette proposition offensante pour leur honneur et convaincus que leur seule charge suffira à disperser une armée qu’ils sous-estiment largement, refusent d’attendre et se lancent en premier à l’assaut sans concertation avec le reste de la coalition. Après avoir effectivement enfoncé les premières lignes ottomanes composées de troupes irrégulières sacrifiées en avant-garde, les chevaliers, épuisés par leur charge et par l’ascension d’une pente abrupte jonchée de pieux, se heurtent à l’élite des janissaires puis à la cavalerie sipahi restée en réserve, qui les encercle alors qu’ils sont isolés loin du reste de l’armée chrétienne restée en arrière sans avoir pu les soutenir à temps.

Les conséquences

Le désastre est total : plusieurs milliers de chevaliers occidentaux sont tués ou capturés, Sigismond ne parvient à s’échapper qu’en embarquant de justesse sur une galère vénitienne présente sur le Danube, et plusieurs centaines de prisonniers de haut rang, dont le comte Jean de Nevers, futur duc de Bourgogne sous le nom de Jean sans Peur, ne sont libérés que contre le versement d’une rançon considérable, tandis que Bayezid Ier fait exécuter la plupart des autres prisonniers en représailles des exactions commises par les croisés lors de leur avancée en territoire ottoman.

Et depuis ?

Nicopolis met un terme définitif à l’ère des grandes croisades multinationales rassemblant la chevalerie de toute l’Europe occidentale sous une même bannière, un modèle d’expédition militaire qui ne sera jamais reconduit à cette échelle par la suite. La défaite laisse également les Balkans sans réelle force de dissuasion chrétienne organisée face à l’expansion ottomane, qui culminera près de six décennies plus tard avec la prise de Constantinople elle-même en 1453. L’épisode reste aujourd’hui cité comme un exemple classique du danger que représente, dans une coalition militaire disparate, une rivalité d’honneur entre contingents alliés capable de faire primer la fierté individuelle sur une stratégie d’ensemble pourtant clairement établie avant la bataille.

Jean de Nevers, capturé lors du désastre puis libéré contre rançon l’année suivante, en gardera toute sa vie le surnom de « Jean sans Peur », qu’il devra selon la légende à son comportement lors de sa captivité plutôt qu’à un quelconque fait d’armes accompli pendant la bataille elle-même. La défaite marque également, pour l’historiographie ottomane, l’un des sommets du règne de Bayezid Ier, qui prend après cette victoire le titre honorifique de « Yıldırım » (« la Foudre »), avant que son propre empire ne connaisse à son tour un effondrement spectaculaire quelques années plus tard face aux armées de Tamerlan.

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Sources

  1. 25 septembre 1396 - Les croisés défaits par les Turcs à Nicopolis — Herodote.net
  2. Bataille de Nicopolis — Wikipédia