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Pourquoi le pont du Millénaire de Londres a-t-il fermé deux jours après son ouverture ?

Inauguré le 10 juin 2000, le pont piéton du Millénaire, à Londres, se met à osciller dangereusement sous le pas synchronisé des foules. Fermé deux jours plus tard, il ne rouvrira qu’au bout de deux ans, après l’installation d’amortisseurs.

Pièce n°015Par Anthony R. · Publié le 20 avril 2026Score 2/5 — Beau flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Conçu par le cabinet d’ingénierie Arup, l’agence d’architecture Foster and Partners et le sculpteur Anthony Caro pour marquer le passage à l’an 2000, le pont du Millénaire est une passerelle piétonne en acier suspendue de 320 mètres de long, reliant la cathédrale Saint-Paul, sur la rive nord de la Tamise, à la Tate Modern, sur la rive sud. Sa conception très fine et légère, dépourvue des grands câbles porteurs habituels des ponts suspendus classiques, en fait dès sa présentation un objet architectural remarqué, salué pour son élégance visuelle. Sa construction coûte environ 18,2 millions de livres sterling, financée notamment par la loterie nationale britannique et la Corporation de la Cité de Londres.

La décision

Le pont ouvre au public le 10 juin 2000. Environ 90 000 personnes le traversent dès le premier jour, avec jusqu’à 2 000 piétons présents simultanément sur le tablier à certains moments. Les ingénieurs n’avaient pas anticipé, dans leurs calculs de conception, un phénomène connu sous le nom d’excitation latérale synchrone : lorsque le tablier commence à osciller très légèrement sous l’effet naturel du passage d’une foule, une partie des piétons ajuste inconsciemment son pas pour conserver son équilibre, ce qui a pour effet, de façon contre-intuitive, d’amplifier encore le mouvement latéral au lieu de le compenser.

La chute

Dès le jour de l’ouverture, les usagers ressentent un balancement latéral perceptible du tablier, allant jusqu’à environ 70 millimètres d’amplitude à certains endroits, suffisamment marqué pour que plusieurs piétons doivent s’agripper aux rambardes. Les gestionnaires du pont le ferment par précaution dès le 12 juin 2000, soit deux jours seulement après son inauguration. Des essais menés après la fermeture montrent que le phénomène peut se déclencher dès qu’environ 160 piétons seulement empruntent simultanément le pont d’un même pas régulier — en dessous de ce seuil, les pas aléatoires de la foule s’annulent statistiquement les uns les autres et le tablier reste stable.

Les conséquences

Le pont reste fermé pendant près de deux ans, le temps pour les ingénieurs d’Arup de concevoir et d’installer un système de quatre-vingt-onze amortisseurs — cinquante-quatre amortisseurs à masse accordée, réglés pour contrer les oscillations verticales, et trente-sept amortisseurs visqueux, destinés à absorber le mouvement latéral — fixés sous le tablier et entre les piles. Ces travaux de stabilisation coûtent environ 5 millions de livres sterling supplémentaires, financés en grande partie par la loterie nationale britannique qui avait déjà contribué au financement initial du pont.

Et depuis ?

Le pont rouvre au public en février 2002 et n’a plus connu d’épisode d’oscillation comparable depuis. L’incident, surnommé de façon informelle « pont branlant » (wobbly bridge) par la presse britannique de l’époque, a profondément fait évoluer les normes internationales de conception des passerelles piétonnes, qui intègrent désormais systématiquement le risque de balancement provoqué par une foule de piétons. Des travaux de recherche plus récents, publiés notamment par l’université de Bristol et l’université d’État de Géorgie en 2021, ont toutefois nuancé l’explication initiale par la synchronisation volontaire des pas : selon ces études, le phénomène s’expliquerait davantage par un effet d’« amortissement négatif », les piétons cherchant individuellement à garder leur équilibre sur un tablier déjà légèrement instable transférant, sans le vouloir, de l’énergie supplémentaire à sa structure. Un mécanisme comparable a depuis été identifié sur d’autres ponts, dont le pont suspendu de Clifton à Bristol et, en 2003, le pont de Brooklyn à New York, où une foule de piétons rentrant à pied lors d’une coupure de courant généralisée avait fait vibrer la structure au point de donner le mal de mer à certains passants restés debout sans bouger.

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Sources

  1. Synchronous lateral excitation — Wikipedia
  2. Stabilising the London Millennium Bridge — Ingenia (Royal Academy of Engineering)
  3. New study uncovers real reason behind Millennium Bridge wobble — New Civil Engineer
  4. Arup: We have fixed the Millennium Bridge — Building
  5. December: Millennium Bridge wobble — University of Bristol