Comment cinq jours de panique boursière ont-ils précipité la plus grande crise économique du XXe siècle ?
Fin octobre 1929, après des années de spéculation boursière effrénée financée à crédit, la Bourse de New York s’effondre en l’espace de cinq séances. Les cours perdent près de 90 % de leur valeur d’avant-crise dans les années qui suivent, plongeant les États-Unis puis le monde entier dans la Grande Dépression.
Le contexte
Tout au long des années 1920, la Bourse de New York connaît une hausse quasi ininterrompue, alimentée par une vague de spéculation à laquelle participent des millions d’Américains ordinaires, encouragés par des courtiers qui accordent des prêts sur marge couvrant couramment plus des deux tiers de la valeur des actions achetées. En août 1929, plus de 8,5 milliards de dollars de crédit sont ainsi engagés sur les marchés, une somme sans précédent qui rend l’ensemble du système financier extrêmement vulnérable au moindre retournement de tendance.
La décision
Le 15 octobre 1929, l’économiste américain Irving Fisher, alors l’un des plus respectés de sa génération, déclare lors d’un dîner professionnel à Manhattan que « les cours des actions ont atteint ce qui ressemble à un plateau durablement élevé », ajoutant s’attendre à les voir grimper encore davantage dans les mois suivants. Cette confiance, largement partagée par les milieux financiers de l’époque, encourage la poursuite des achats à crédit alors même que les premiers signes de fragilité du marché commencent à apparaître.
La chute
Le 24 octobre 1929, jour resté dans l’histoire sous le nom de « Jeudi noir », un volume record de 12,9 millions d’actions s’échange à la Bourse de New York et le marché perd 11 % de sa valeur dès l’ouverture. La panique s’aggrave le 28 octobre, ou « Lundi noir », lorsque l’indice Dow Jones chute de 38,33 points, soit 12,82 %, puis à nouveau le lendemain, le « Mardi noir » du 29 octobre, avec une nouvelle baisse de 30,57 points (11,73 %) sur un volume encore plus massif de 16 millions d’actions échangées en une seule journée. Ces deux seules séances effacent environ 14 milliards de dollars de valeur boursière.
Les conséquences
Loin de se limiter à ces quelques jours de panique, l’effondrement se poursuit sur plusieurs années : la Bourse américaine perd au total environ 90 % de sa valeur d’avant-crise d’ici juillet 1932. Cette contraction brutale du crédit et de la richesse déclenche une vague de faillites bancaires en cascade à travers tout le pays, précipitant les États-Unis, puis une grande partie du monde industrialisé, dans la Grande Dépression, une crise économique d’une ampleur inédite qui pousse le taux de chômage américain jusqu’à environ 25 % de la population active au plus fort de la crise, en 1933.
Et depuis ?
Le krach de 1929 et la Grande Dépression qui en découle forment, ensemble, ce que les historiens de l’économie considèrent comme la plus grande crise financière du XXe siècle, dont les leçons ont directement inspiré la création, aux États-Unis, d’organismes de régulation boursière comme la Securities and Exchange Commission en 1934. La formule d’Irving Fisher sur le « plateau durablement élevé », prononcée deux semaines avant l’effondrement, reste depuis systématiquement citée comme l’exemple le plus célèbre d’un économiste de premier plan totalement pris à contre-pied par les événements, un avertissement encore régulièrement invoqué à chaque nouvel épisode d’euphorie boursière.
Le krach de 1929 s’inscrit dans une longue lignée de bulles spéculatives qui finissent toutes par éclater : la tulipomanie hollandaise dès 1637, la bulle de la Compagnie de la mer du Sud en 1720, puis le krach de Vienne en 1873, chacun rappelant qu’un marché durablement haussier finit toujours par rencontrer sa correction.
Sources
- Wall Street Crash of 1929 — Wikipedia
- Stock Market Crash of 1929 — Federal Reserve History
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