lebonflop.fr

Comment l’Église catholique s’est-elle retrouvée avec deux, puis trois papes rivaux pendant près de quarante ans ?

À la mort du pape Grégoire XI en 1378, son successeur Urbain VI se met à dos les cardinaux, qui élisent quelques mois plus tard un second pape, Clément VII, installé à Avignon. L’Europe se divise en deux obédiences rivales pendant près de quarante ans, une tentative de conciliation ajoutant même un troisième pape avant que le concile de Constance ne résolve la crise en 1417.

Pièce n°094Par Anthony R. · Publié le 11 septembre 2026Score 4/5 — Flop historiqueNotre méthode éditoriale

Le contexte

À la mort du pape Grégoire XI en mars 1378, qui venait tout juste de ramener la papauté d’Avignon à Rome après près de soixante-dix ans d’installation en terre française, les cardinaux réunis en conclave élisent un Italien, Urbain VI, en partie sous la pression de la foule romaine hostile à un retour d’un pape français à Avignon. Mais le nouveau pape se révèle rapidement autoritaire et cassant, humiliant publiquement plusieurs cardinaux dont il critique ouvertement le train de vie et la conduite, au point de dresser contre lui la majorité du collège cardinalice, très largement composé de Français.

La décision

Dès l’été 1378, une majorité de cardinaux se retirent à Anagni puis à Fondi, déclarent l’élection d’Urbain VI invalide sous prétexte qu’elle aurait été obtenue sous la contrainte de la foule romaine, et procèdent le 20 septembre 1378 à l’élection d’un nouveau pape, le cardinal Robert de Genève, qui prend le nom de Clément VII et s’installe à Avignon dès l’année suivante. L’Europe chrétienne se retrouve alors divisée entre deux obédiences rivales, chaque souverain choisissant son camp moins pour des raisons théologiques que par intérêt politique : la France, la Castille, l’Aragon, l’Écosse et le royaume de Naples reconnaissent Avignon, tandis que l’Angleterre, l’Empire germanique, la plupart des cités italiennes et l’Europe du Nord restent fidèles à Rome.

L’aggravation

Faute d’accord entre les deux camps, plusieurs tentatives de résolution échouent au cours des décennies suivantes, chaque pape refusant systématiquement de démissionner malgré les pressions répétées des souverains et des universités, notamment celle de Paris, très active dans la recherche d’une solution. En 1409, un concile réuni à Pise, censé mettre fin à la crise, aboutit au résultat inverse de celui recherché : les deux papes en exercice refusant tous deux de reconnaître sa légitimité, l’élection d’un troisième pape, Alexandre V, puis de son successeur Jean XXIII, ne fait qu’ajouter une troisième obédience rivale à la chrétienté déjà divisée, au lieu de la réunifier.

Les conséquences

Face à la montée des tensions politiques et des mouvements de contestation religieuse comme celui de Jan Hus, l’empereur romain germanique Sigismond impose la convocation d’un nouveau concile à Constance à partir de 1414, sur le territoire neutre du Saint-Empire. Après plusieurs années de négociations complexes entre les différentes « nations » représentées au concile, les trois papes en exercice sont finalement déposés ou contraints à la démission entre 1415 et 1417, mettant fin à près de quarante années de division au sein de l’Église latine.

Et depuis ?

Le concile de Constance élit en novembre 1417 un nouveau pape unique, Martin V, reconnu par l’ensemble de la chrétienté occidentale et mettant ainsi fin au grand schisme. L’épisode laisse cependant des traces durables : il alimente pendant des siècles les débats sur la primauté du concile général sur l’autorité pontificale, une doctrine dite conciliariste qui influencera les réformes religieuses ultérieures, et reste aujourd’hui l’exemple le plus souvent cité d’une crise institutionnelle où l’absence d’un mécanisme clair de résolution des conflits internes a manqué de faire éclater durablement l’unité de l’une des plus anciennes institutions d’Europe.

Le concile de Constance profite également de sa réunion pour clore un autre dossier explosif : celui du théologien réformateur Jan Hus, dont les thèses critiquant la richesse et l’autorité du clergé avaient déjà largement essaimé en Bohême. Convoqué à Constance sous la promesse d’un sauf-conduit impérial, Hus y est finalement jugé pour hérésie et brûlé vif en juillet 1415, une exécution qui provoquera quelques années plus tard un soulèvement armé de ses partisans, les guerres hussites, montrant que la résolution institutionnelle du schisme au sommet de l’Église ne suffit pas à elle seule à éteindre les tensions religieuses et politiques que la crise avait laissé prospérer pendant près de quarante ans.

Partager :XFacebookWhatsApp

Sources

  1. 20 septembre 1378 - Grand Schisme d’Occident — Herodote.net
  2. Grand schisme d’Occident — Wikipédia