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Comment 1,9 milliard d’euros ont-ils pu disparaître des comptes d’une entreprise du DAX ?

Membre du prestigieux indice boursier allemand DAX depuis 2018, le spécialiste des paiements en ligne Wirecard s’effondre en juin 2020 lorsque 1,9 milliard d’euros censés être détenus sur des comptes fiduciaires aux Philippines se révèlent n’avoir jamais existé. L’entreprise dépose le bilan cinq jours plus tard, son directeur général est arrêté et son directeur des opérations disparaît, toujours activement recherché aujourd’hui.

Pièce n°462Par Anthony R. · Publié le 13 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Fondé en 1999 pour traiter les paiements par carte bancaire de sites de vente en ligne, dont initialement une large clientèle de sites pornographiques et de jeux d’argent, Wirecard manque de disparaître lors de l’éclatement de la bulle internet en 2002 avant que Markus Braun n’y injecte des capitaux et n’en prenne la direction, réorientant l’entreprise vers des services de paiement plus conventionnels. Introduite en bourse par fusion inversée en 2005, la société intègre l’indice technologique TecDAX dès 2006 puis, en septembre 2018, le DAX lui-même, l’indice phare de la bourse allemande rassemblant les plus grandes entreprises cotées du pays.

La décision

Dès avril 2015, le journaliste Dan McCrum, du Financial Times, entame une série d’enquêtes mettant en doute la solidité du modèle économique de Wirecard, révélant en janvier 2019 qu’un cadre dirigeant du groupe fait l’objet de soupçons de falsification comptable et de blanchiment d’argent. Wirecard réagit avec virulence, qualifiant ces révélations de « fausses, inexactes, trompeuses et diffamatoires » et engageant des poursuites judiciaires contre le quotidien britannique, tandis que le parquet de Munich ouvre de façon spectaculaire une enquête pénale visant McCrum lui-même pour infraction au droit boursier allemand, une procédure finalement abandonnée. Le régulateur financier allemand, la BaFin, impose même une interdiction temporaire de vente à découvert sur le titre Wirecard entre février et avril 2019, une mesure perçue par de nombreux observateurs comme protégeant davantage l’entreprise que l’intégrité du marché.

La chute

Le 18 juin 2020, Wirecard annonce publiquement que 1,9 milliard d’euros censés être détenus sur des comptes fiduciaires auprès de banques philippines sont introuvables, les établissements bancaires concernés confirmant n’avoir jamais détenu cette somme. Le cabinet d’audit KPMG, mandaté un an plus tôt pour un contrôle spécial, avait déjà averti en avril 2020 ne pas avoir reçu une documentation suffisante pour lever les soupçons d’irrégularités comptables, provoquant une chute de 26 % du cours de bourse. Markus Braun démissionne dès le lendemain de l’annonce puis est arrêté le 22 juin 2020, soupçonné d’avoir gonflé artificiellement le chiffre d’affaires du groupe au moyen de revenus fictifs. Le parquet de Munich établira ultérieurement que les comptes de l’entreprise étaient manipulés depuis 2014 au moins. Wirecard dépose le bilan le 25 juin 2020, invoquant un surendettement, son action perdant plus de 72 % de sa valeur en quelques jours seulement.

Les conséquences

Le directeur des opérations Jan Marsalek, limogé dès l’éclatement du scandale, disparaît purement et simplement et figure depuis 2020 sur la liste des personnes les plus recherchées d’Europe, toujours activement recherché par la police allemande à ce jour. Une enquête du magazine Der Spiegel évoquera en 2024 une possible double vie de Marsalek en lien avec les services de renseignement russes, des allégations qui restent à ce jour non vérifiées de façon indépendante. Markus Braun est quant à lui formellement inculpé en mars 2022 pour fraude, abus de confiance et manipulation comptable, des charges passibles d’une peine pouvant atteindre quinze ans d’emprisonnement, et demeure détenu dans l’attente de son procès. Le groupe bancaire espagnol Santander rachète en novembre 2020 les activités européennes de Wirecard pour seulement 100 millions d’euros, une fraction dérisoire de la valorisation boursière passée du groupe.

Et depuis ?

Le scandale, rapidement surnommé le « Enron allemand », déclenche l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire chargée d’établir pourquoi le gouvernement fédéral n’était pas parvenu à prévenir cette fraude d’entreprise de cette ampleur, mettant en cause au passage la BaFin, critiquée pour avoir privilégié les poursuites contre les vendeurs à découvert et les journalistes plutôt que l’examen rigoureux des comptes de Wirecard elle-même. Plusieurs cadres impliqués dans l’émission de fausses confirmations de comptes sont condamnés à des peines de prison par la justice singapourienne dès juin 2023, de nouvelles condamnations intervenant encore début 2026, illustrant la portée internationale durable de ce qui reste aujourd’hui la plus grande fraude comptable de l’histoire allemande.

Le surnom d’« Enron allemand » n’est pas usurpé : la fraude comptable d’Enron, vingt ans plus tôt, avait déjà montré comment une réputation boursière solide pouvait dissimuler des comptes entièrement fictifs, un mécanisme que Bernie Madoff reproduira à plus petite échelle, mais sur une durée plus longue encore.

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Sources

  1. Wirecard — Wikipedia
  2. Markus Braun — Wikipedia
  3. DAX — Wikipedia
  4. Financial Times — Wikipedia