Pourquoi le dernier calife abbasside a-t-il refusé de se soumettre aux Mongols en 1258 ?
En 1258, le calife Al-Musta’sim refuse de se soumettre à Hulagu Khan, persuadé de pouvoir lever des armées dans tout l’Islam. Bagdad tombe en treize jours, le calife est exécuté et le califat abbasside, vieux de cinq siècles, disparaît définitivement.
Le contexte
En 1258, l’Empire abbasside, dont la capitale Bagdad rayonne depuis plus de cinq siècles comme l’un des grands centres politiques, économiques et intellectuels du monde musulman, est dirigé par le calife Al-Musta’sim, trente-septième et dernier souverain de la dynastie. Affaibli par une inondation dévastatrice du Tigre en 1256 et par des tensions confessionnelles croissantes entre sunnites et chiites, le califat doit faire face à l’avancée de l’armée mongole conduite par Hulagu Khan, petit-fils de Gengis Khan et frère du grand khan Möngke, chargé par ce dernier de soumettre les puissances musulmanes du Moyen-Orient dans le cadre d’une vaste campagne d’expansion vers l’ouest de l’empire mongol.
La décision
Sommé par Hulagu de se soumettre, de payer tribut et de fournir des troupes aux campagnes mongoles, Al-Musta’sim refuse, encouragé par des conseillers persuadés que la demande vise en réalité à vider Bagdad de ses défenseurs. Le calife répond même à Hulagu en le qualifiant de « jeune et ignorant » et affirme pouvoir, en cas d’attaque, « lever des armées dans tout l’Islam » pour écraser les Mongols — une bravade qui ne s’accompagne d’aucun renforcement sérieux de la garnison de la ville, forte d’à peine 30 000 hommes mal entraînés face aux forces mongoles et alliées, très largement supérieures en nombre et en expérience du siège de villes fortifiées.
La chute
Le siège débute le 29 janvier 1258 et s’achève treize jours plus tard, le 10 février, par la prise complète de la ville. Les estimations du nombre de victimes varient considérablement selon les sources — de 200 000 selon Hulagu lui-même à plusieurs centaines de milliers, voire un million, selon certaines chroniques musulmanes contemporaines, un chiffre que les historiens jugent aujourd’hui probablement gonflé par une épidémie survenue parmi les survivants dans les mois suivants. Al-Musta’sim est capturé puis exécuté selon un rituel mongol réservé aux personnages de rang royal : enroulé dans un tapis, il est piétiné à mort par des chevaux, une méthode destinée à éviter de faire couler directement le sang d’un souverain tout en démontrant, selon Hulagu, que le califat n’était ni tout-puissant ni inviolable.
Les conséquences
La légende, colportée par de nombreux chroniqueurs de l’époque, veut que les eaux du Tigre soient devenues noires de l’encre des innombrables manuscrits jetés dans le fleuve depuis la grande bibliothèque de Bagdad, la Maison de la Sagesse, puis rouges du sang des savants massacrés — une image saisissante que les historiens contemporains considèrent aujourd’hui davantage comme une métaphore de l’ampleur du désastre culturel que comme un fait strictement vérifiable, certaines sources suggérant même que plusieurs bibliothèques de la ville rouvrent dès les deux années suivantes sous administration mongole. La chute de Bagdad met en tout cas un terme définitif aux cinq siècles de pouvoir effectif du califat abbasside et déplace durablement le centre politique de la région vers Tabriz, nouvelle capitale de l’Ilkhanat fondé par Hulagu.
Et depuis ?
Un descendant de la famille abbasside parvient à rejoindre Le Caire, où les sultans mamelouks l’installent comme calife fantôme sous le nom d’Al-Mustansir II, une fonction purement symbolique dépourvue de toute autorité politique réelle sur le monde musulman, perpétuée ensuite jusqu’à son transfert à l’Empire ottoman au début du XVIe siècle. L’événement reste aujourd’hui considéré comme la fin conventionnelle de l’âge d’or islamique, même si les historiens continuent de débattre de l’ampleur exacte des destructions intellectuelles attribuées à la ville, la légende de la Maison de la Sagesse comme « première université du monde » ayant elle-même été largement reconstruite et amplifiée par les orientalistes des XIXe et XXe siècles.
La disparition progressive de la bibliothèque d’Alexandrie, bien plus lente mais tout aussi irréversible, avait déjà montré comment un centre du savoir antique pouvait s’effacer sans qu’un seul événement en soit la cause unique ; la chute d’Acre, une génération plus tard, mettra fin de façon tout aussi définitive à la présence des États croisés au Levant.
Sources
- Siege of Baghdad (1258) — Wikipedia
- The Sack Of Baghdad In 1258 – One Of The Bloodiest Days In Human History — War History Online
- The Mongol Sack of Baghdad in 1258 — Wondrium Daily
- The House of Wisdom is a Myth — The Renaissance Mathematicus
- Hulagu Khan’s Army Threw So Many Books into the Tigris... — History of Information
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