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Pourquoi la création du Sacre du printemps a-t-elle déclenché un scandale devenu légendaire en 1913 ?

Le 29 mai 1913 à Paris, la création du Sacre du printemps de Stravinsky déclenche des huées, des affrontements verbaux et une quarantaine d’expulsions dans la salle. Moins d’un an plus tard, la même partition est ovationnée en concert, entamant sa carrière de chef-d’œuvre du XXe siècle.

Pièce n°210Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 2/5 — Beau flopNotre méthode éditoriale

Le contexte

Le 29 mai 1913, au tout nouveau Théâtre des Champs-Élysées à Paris, la troupe des Ballets russes de Sergueï Diaghilev crée Le Sacre du printemps, un ballet sur une musique du jeune compositeur russe Igor Stravinsky, avec une chorégraphie de la star de la troupe Vaslav Nijinsky et des décors du peintre Nicolas Roerich. L’œuvre, qui met en scène un rituel païen sacrificiel dans la Russie préhistorique, rompt délibérément avec les canons esthétiques du ballet classique : Stravinsky y multiplie les dissonances et les rythmes irréguliers, tandis que Nijinsky impose aux danseurs des mouvements volontairement lourds, pieds tournés vers l’intérieur, torses penchés et sauts sans grâce apparente, à l’opposé des arabesques aériennes attendues du public parisien de l’époque.

La décision

Diaghilev, connu pour son goût de la provocation et son sens aigu du scandale comme outil de promotion, choisit délibérément de programmer une œuvre aussi radicale pour l’ouverture de sa nouvelle salle, misant sur l’avant-garde plutôt que sur la prudence commerciale qui aurait pourtant semblé de mise pour un lieu tout juste inauguré. Il n’hésite pas non plus, dans les semaines précédant la première, à attiser l’attente de la presse parisienne par des annonces volontairement provocatrices évoquant un rituel païen d’un autre âge.

La chute

Dès les premières mesures de l’introduction, puis plus franchement lorsque le rideau se lève sur les danseurs frappant le sol du pied, des murmures puis des huées s’élèvent dans la salle, rapidement couvertes par des applaudissements de soutien venus d’une autre partie du public : les deux camps en viennent à s’invectiver et à se lancer des projectiles, au point que la violoniste Marie Rambert, présente dans la fosse, racontera qu’il devient vite impossible d’entendre la musique jouée sur scène. Une quarantaine de spectateurs sont expulsés de la salle, possiblement avec l’intervention de la police, bien que ce dernier point reste, encore aujourd’hui, insuffisamment corroboré par des sources fiables.

Les conséquences

La soirée entre immédiatement dans la légende, mais une grande partie des anecdotes les plus célèbres qui lui sont attachées se révèlent, à l’examen historique, largement apocryphes : le compositeur Camille Saint-Saëns, souvent cité comme ayant quitté la salle outré, n’assiste en réalité pas du tout à cette représentation ; le récit d’un spectateur assis derrière l’écrivain Carl Van Vechten et lui martelant le crâne à coups de poing, popularisé par ce dernier en 1917, provient d’un témoin qui admettra plus tard avoir en fait assisté à la seconde représentation, nettement plus calme. Le musicologue Richard Taruskin avancera même que ce n’est pas tant la musique de Stravinsky qui choque le public ce soir-là que la chorégraphie délibérément anti-gracieuse de Nijinsky. Le mot « émeute », lui, n’apparaît dans la presse qu’à l’occasion de reprises ultérieures, plus d’une décennie après les faits. Diaghilev lui-même, loin de considérer la soirée comme un désastre, y voit au contraire une réussite sur le plan de la notoriété obtenue pour sa compagnie.

Et depuis ?

La production chorégraphiée par Nijinsky ne connaît en tout et pour tout que huit représentations avant d’être définitivement retirée du répertoire, mais la partition de Stravinsky, elle, prend sa revanche dès le 5 avril 1914 : donnée en version de concert, sans danseurs, sous la direction du même Pierre Monteux, elle est ovationnée à tout rompre, et le compositeur est porté en triomphe sur les épaules de ses admirateurs à la sortie de la salle. Le Sacre du printemps devient depuis l’une des œuvres les plus rejouées et les plus étudiées du répertoire du XXe siècle, un exemple d’école cité chaque fois qu’il s’agit de rappeler qu’un rejet initial, aussi bruyant soit-il, ne dit strictement rien de la valeur durable d’une œuvre.

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Sources

  1. The Rite of Spring — Wikipedia
  2. The Riot At Stravinsky’s “Rite Of Spring” Premiere — uDiscover Music
  3. This is what REALLY happened at The Rite of Spring riot in 1913 — Classic FM
  4. The Rite of Spring premiere: one of the most infamous nights in musical history — BBC Music Magazine
  5. Did “The Rite of Spring” Really Incite a Riot? — Illinois Public Media