Comment un scandale de ventes d’armes secrètes a-t-il failli faire tomber la présidence de Ronald Reagan ?
Entre 1985 et 1986, l’administration Reagan vend secrètement des armes à l’Iran pour obtenir la libération d’otages américains, puis détourne une partie des recettes pour financer illégalement les Contras nicaraguayens. Révélée en novembre 1986 par un magazine libanais, l’affaire déclenche des auditions du Congrès et menace directement la présidence de Ronald Reagan.
Le contexte
Au milieu des années 1980, l’administration du président américain Ronald Reagan cherche par tous les moyens à obtenir la libération de sept ressortissants américains retenus en otage au Liban par des groupes proches du Hezbollah, tout en soutenant en parallèle, dans le cadre de sa politique anticommuniste en Amérique centrale, les Contras nicaraguayens engagés dans une guérilla contre le gouvernement sandiniste — un soutien que le Congrès américain a pourtant explicitement interdit de financer par des crédits fédéraux depuis l’adoption de l’amendement Boland.
La décision
À partir du 20 août 1985, avec l’aval de conseillers de la Maison-Blanche dont le conseiller à la sécurité nationale Robert McFarlane, les États-Unis organisent secrètement, via Israël, la livraison de missiles antichars et antiaériens à l’Iran, officiellement présentée comme un geste devant favoriser la libération des otages. L’officier des Marines Oliver North, membre du Conseil de sécurité nationale, propose ensuite de vendre ces armes à l’Iran avec une marge substantielle et de détourner les bénéfices ainsi générés pour financer clandestinement les Contras, contournant directement l’interdiction votée par le Congrès. Son supérieur, l’amiral John Poindexter, autorise ce montage sans, selon ses propres déclarations ultérieures, en informer le président Reagan.
La chute
L’affaire éclate au grand jour le 3 novembre 1986, lorsque le magazine libanais Ash-Shiraa révèle l’existence des ventes d’armes secrètes à l’Iran, une publication qui intervient peu après qu’un avion transportant des livraisons destinées aux Contras a été abattu au-dessus du Nicaragua, son pilote survivant, Eugene Hasenfus, confirmant publiquement l’existence de l’opération clandestine. Le 13 novembre 1986, Reagan dément à la télévision tout échange d’armes contre des otages, avant de finalement reconnaître, dans une allocution télévisée du 4 mars 1987, que ce qui avait commencé comme une ouverture stratégique envers l’Iran avait, dans son exécution, dégénéré en un échange d’armes contre des otages.
Les conséquences
La commission Tower, chargée d’enquêter sur l’affaire, conclut en février 1987 que Reagan n’avait vraisemblablement pas connaissance de l’ampleur du détournement de fonds vers les Contras, tandis que les commissions d’enquête du Congrès estiment néanmoins qu’il porte la responsabilité ultime des agissements de ses collaborateurs. Au total, vingt-sept personnes sont inculpées dans le cadre de l’affaire et onze sont condamnées, certaines condamnations étant par la suite annulées en appel ; seul l’ancien agent de la CIA Thomas Clines purge une peine de prison ferme, de seize mois. Le 24 décembre 1992, le président George H. W. Bush gracie six responsables impliqués dans l’affaire, dont l’ancien secrétaire à la Défense Caspar Weinberger avant même son procès, un geste que le procureur indépendant chargé de l’enquête, Lawrence Walsh, qualifie publiquement d’achèvement de la dissimulation du scandale.
Et depuis ?
L’affaire Iran-Contra reste, près de quarante ans après les faits, l’un des scandales politiques les plus étudiés de la présidence américaine moderne, régulièrement comparé au Watergate pour l’ampleur de la dissimulation orchestrée au sommet de l’exécutif et pour la façon dont elle a durablement écorné la confiance du public envers la Maison-Blanche, sans toutefois provoquer la démission du président en exercice. L’épisode illustre depuis, dans l’enseignement des sciences politiques américaines, les limites du contrôle parlementaire sur les opérations secrètes menées par l’exécutif au nom de la sécurité nationale.
Le Watergate, une décennie plus tôt, avait déjà montré à quel point une dissimulation orchestrée depuis la Maison-Blanche pouvait finir par rattraper une présidence ; le fiasco de la baie des Cochons, en 1961, rappelle que la politique étrangère américaine envers l’Amérique centrale et Cuba a souvent buté sur le même excès de confiance dans des opérations tenues secrètes.
Sources
- Iran–Contra affair — Wikipedia
- Affaire Iran-Contra — Wikipédia
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