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Pourquoi la junte argentine a-t-elle perdu le pouvoir en pariant sur l’inaction britannique aux Malouines en 1982 ?

En avril 1982, le général argentin Leopoldo Galtieri envahit les îles Malouines en pariant sur une absence de réaction militaire britannique. Margaret Thatcher envoie une force navale qui reprend l’archipel en 74 jours, provoquant la chute de la junte et de Galtieri lui-même.

Pièce n°149Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

En avril 1982, la junte militaire argentine au pouvoir depuis le coup d’État de 1976, alors dirigée par le général Leopoldo Galtieri depuis décembre 1981, traverse une crise économique sévère marquée par une inflation à trois chiffres et une contestation sociale croissante contre les violations des droits humains commises pendant la « guerre sale ». Cherchant à raviver un sentiment patriotique susceptible de restaurer la légitimité du régime, Galtieri relance la revendication argentine historique sur les îles Malouines (Falkland Islands en anglais), un archipel de l’Atlantique Sud sous souveraineté britannique depuis 1833 mais peuplé de colons majoritairement britanniques.

La décision

Convaincu que le Royaume-Uni, engagé dans un désengagement militaire progressif de la région et absorbé par ses propres difficultés économiques, ne réagirait pas à une opération présentée comme limitée dans le temps, Galtieri ordonne le débarquement de troupes argentines sur l’archipel le 2 avril 1982. Il mise en particulier sur l’intervention diplomatique des États-Unis, alliés historiques de l’Argentine dans le cadre de la lutte anticommuniste régionale, pour dissuader Londres de toute réponse militaire — au point de reprocher directement au président Ronald Reagan, lors d’un appel téléphonique le 27 avril, de ne pas empêcher la Première ministre britannique Margaret Thatcher de préparer une contre-offensive déjà manifeste à ce stade.

La chute

Thatcher réunit en quelques jours une force navale de 127 navires, dont les porte-avions Hermes et Invincible, et l’envoie vers l’Atlantique Sud dès le 5 avril. Le 2 mai, le sous-marin nucléaire britannique HMS Conqueror coule le croiseur argentin General Belgrano, faisant plus de 300 morts parmi son équipage ; deux jours plus tard, un missile Exocet argentin coule en retour le destroyer britannique HMS Sheffield, tuant 20 marins. Après 74 jours de conflit et malgré une résistance argentine plus soutenue que prévu à Londres, portée en grande partie par de jeunes conscrits mal équipés et mal préparés au climat subantarctique de l’archipel, les troupes argentines capitulent à Port Stanley le 14 juin 1982, laissant un bilan de 649 militaires argentins, 255 militaires britanniques et 3 civils des Malouines tués.

Les conséquences

La défaite, largement anticipée par plusieurs états-majors occidentaux mais totalement écartée par Galtieri lui-même, provoque des manifestations massives à Buenos Aires exigeant des comptes sur la conduite de la guerre. Le 17 juin 1982, trois jours seulement après la capitulation, les principaux généraux de l’armée retirent leur soutien à Galtieri, qui démissionne de la présidence, du commandement de l’armée et de la junte. Il est remplacé par le général Reynaldo Bignone, chargé d’organiser la transition vers un régime civil, la défaite militaire ayant achevé de discréditer une junte déjà fragilisée par sept années de répression politique.

Et depuis ?

Un tribunal militaire argentin condamne Galtieri en 1986 à douze ans de prison pour négligence dans la conduite de la guerre des Malouines, avant qu’il ne soit gracié le 7 octobre 1989 par le président Carlos Menem, avec deux autres anciens commandants, dans le cadre d’une série d’amnisties controversées destinées à tourner la page des années de dictature. Les premières élections libres depuis 1976 se tiennent le 30 octobre 1983, portant Raúl Alfonsín à la présidence et mettant fin à sept ans de régime militaire. Les Malouines restent aujourd’hui sous souveraineté britannique, une situation que l’Argentine continue de contester diplomatiquement chaque année sans jamais reprendre les armes. Depuis 2000, l’Argentine commémore chaque 2 avril, date anniversaire du débarquement de 1982, une « journée du vétéran et des morts de la guerre des Malouines », qui honore la mémoire des soldats tombés tout en évitant soigneusement de célébrer la décision politique à l’origine du conflit.

Le même pari erroné sur la passivité d’une grande puissance coûtera cher, vingt ans plus tôt, à la baie des Cochons ; la crise de Suez, en 1956, avait déjà montré à quel point une intervention militaire mal anticipée pouvait précipiter la chute de ses propres initiateurs.

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Sources

  1. Falklands War — Wikipedia
  2. The Reagan Administration and the Anglo-Argentine War of 1982 — U.S. Department of State, Office of the Historian
  3. Galtieri Forced Out as Leader of Argentina — The Washington Post (1982-06-18)
  4. Argentine Gen. Leopoldo Galtieri, who refused to accept defeat... — UPI (1982-06-17)
  5. People pardoned by Carlos Menem — Wikipedia