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Comment Richelieu a-t-il réduit une ville entière par la famine derrière une digue de bois ?

Pour couper La Rochelle protestante de tout secours maritime anglais, Richelieu fait construire en plein océan une digue monumentale de 1 500 mètres reposant sur des navires coulés. Après treize mois de blocus complet, la ville, réduite à manger chevaux et chiens, capitule le 28 octobre 1628 : sur 28 000 habitants, seuls 5 400 ont survécu à la famine.

Pièce n°218Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

En 1627, La Rochelle demeure la principale place forte protestante de France, bénéficiant depuis l’édit de Nantes d’une large autonomie politique et militaire, et entretenant des liens étroits avec l’Angleterre protestante voisine, prête à lui porter secours en cas de conflit avec la couronne catholique. Le cardinal de Richelieu, ministre de Louis XIII déterminé à en finir avec ce foyer d’autonomie protestante perçu comme une menace à l’unité du royaume, décide d’assiéger la ville dès septembre 1627, déployant autour d’elle une armée royale de 20 000 hommes pour en couper tous les accès terrestres.

La décision

Le blocus terrestre ne suffisant pas à empêcher un ravitaillement par mer, notamment via des convois anglais tentant de forcer le port, Richelieu ordonne le 30 novembre 1627 la construction d’une digue monumentale directement en pleine mer, longue de 1 500 mètres et haute de 20 mètres, reposant sur 59 navires délibérément coulés et remblayés, hérissée de pieux inclinés à quarante-cinq degrés et terminés de pointes d’acier pour empêcher tout abordage maritime. Cette prouesse d’ingénierie militaire, considérable pour l’époque, ferme hermétiquement le port rochelais à toute tentative de ravitaillement extérieur.

La chute

Complètement isolée, La Rochelle voit sa population sombrer progressivement dans la famine : femmes, enfants et vieillards, jugés « bouches inutiles » par les autorités de la ville soucieuses de préserver les vivres pour les combattants, sont expulsés hors des murs et errent sans ressources entre les lignes assiégeantes et la ville qui les a rejetés. Les habitants restants se nourrissent progressivement de chevaux, puis de chiens et de chats, tandis que trois tentatives de secours anglaises échouent successivement à percer le blocus naval mis en place par l’amiral français Marino Torre. Après treize mois de ce siège impitoyable, la ville, menée par son maire Jean Guiton, capitule sans condition le 28 octobre 1628.

Les conséquences

Le bilan démographique du siège est effroyable : sur une population initiale d’environ 28 000 habitants, dont près de 18 000 protestants, seuls 5 400 survivants sont recensés à la reddition de la ville, soit environ 22 500 morts par la famine, la maladie ou les combats en l’espace de treize mois seulement. Cette reddition inconditionnelle marque la fin définitive du protestantisme comme force politique et militaire autonome en France, Richelieu obtenant ce qu’il recherchait depuis le début : la soumission complète de la place forte huguenote sans pour autant remettre en cause la liberté de culte elle-même, préservée par ailleurs par la grâce d’Alès signée l’année suivante.

Et depuis ?

Le siège de La Rochelle reste aujourd’hui l’un des exemples les plus étudiés de l’histoire militaire française pour illustrer l’efficacité radicale d’un blocus total mené avec une détermination et des moyens d’ingénierie considérables, au prix d’un coût humain civil disproportionné rarement égalé dans les guerres de religion européennes. La digue de Richelieu elle-même, dont des vestiges immergés restent visibles aujourd’hui au large de la ville, demeure un témoignage matériel unique de l’ambition technique et politique déployée par le pouvoir royal français du XVIIe siècle pour venir à bout d’une résistance urbaine qu’aucun assaut frontal classique n’était parvenu à briser au cours des décennies précédentes.

Jean Guiton, le maire rochelais qui avait mené la résistance jusqu’à son terme le plus extrême, aurait selon la tradition locale planté un poignard sur la table du conseil municipal en jurant d’en frapper quiconque proposerait la reddition, un geste symbolique resté dans la mémoire collective de la ville comme illustration de la détermination absolue de ses défenseurs face à un siège dont l’issue funeste était pourtant, avec le recul, difficilement évitable une fois la digue achevée et tout espoir de secours extérieur définitivement écarté.

Un demi-siècle plus tôt, le massacre de la Saint-Barthélemy avait déjà exposé la violence des tensions entre catholiques et protestants en France ; le siège de Vienne, un demi-siècle plus tard, montrera à l’inverse qu’un siège de grande ampleur peut aussi se solder par la défaite des assiégeants plutôt que par celle des assiégés.

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Sources

  1. Siège de La Rochelle (1627-1628) — Wikipédia
  2. Siege of La Rochelle — Wikipedia