lebonflop.fr

Comment le roi de France Jean le Bon s’est-il retrouvé capturé sur son propre champ de bataille à Poitiers ?

Le 19 septembre 1356, dix ans après le désastre de Crécy, la chevalerie française retombe dans les mêmes travers face à une armée anglaise pourtant très inférieure en nombre. Le roi Jean le Bon, refusant de fuir malgré la déroute, est capturé sur le champ de bataille avec son fils, plongeant le royaume de France dans une crise politique et financière majeure.

Pièce n°196Par Anthony R. · Publié le 12 septembre 2026Score 5/5 — Flop légendaireNotre méthode éditoriale

Le contexte

Dix ans après le désastre de Crécy, la guerre de Cent Ans se poursuit par des chevauchées de pillage anglaises à travers le territoire français, destinées à démontrer l’incapacité de la couronne à protéger son propre royaume. À l’été 1356, Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir, fils du roi Édouard III, mène l’une de ces expéditions depuis l’Aquitaine anglaise vers le centre de la France, avec une armée réduite d’environ 6 000 à 8 000 hommes, avant de se retrouver poursuivi par une armée française bien plus nombreuse, réunie en urgence par le roi Jean II le Bon, déterminé à venger l’humiliation de Crécy.

La décision

Repéré et pris de vitesse près de Nouaillé-Maupertuis, à quelques kilomètres de Poitiers, le Prince Noir installe ses troupes en position défensive derrière des haies et des vignes qui gênent considérablement toute charge de cavalerie massive, un terrain qui rappelle étrangement celui choisi par les Anglais dix ans plus tôt à Crécy. Jean le Bon, pourtant informé du précédent désastreux de Crécy et malgré les conseils de prudence de certains de ses proches, choisit d’engager le combat frontal plutôt que d’attendre des renforts ou de négocier un repli anglais déjà entamé, convaincu que la supériorité numérique française suffira à emporter la décision.

La chute

Comme à Crécy, les archers anglais postés derrière les haies décument les premières vagues de cavalerie française avant que celle-ci n’ait pu seulement engager le corps à corps, tandis que le terrain bocager empêche toute manœuvre d’ensemble cohérente des troupes royales. Jean le Bon, contrairement à Philippe VI dix ans plus tôt, refuse de fuir le champ de bataille une fois la déroute engagée et continue de combattre à pied entouré de sa garde rapprochée, jusqu’à ce qu’encerclé et désarmé, il soit contraint de se rendre avec son plus jeune fils Philippe, âgé de quatorze ans, qui reste fidèlement à ses côtés durant toute la mêlée et gagne ce jour-là le surnom de « Philippe le Hardi ».

Les conséquences

La capture du roi en personne, un événement sans précédent dans l’histoire capétienne et valoisienne depuis des générations, plonge la France dans une crise politique immédiate : le royaume se retrouve dirigé par le dauphin Charles, à peine âgé de dix-huit ans et confronté simultanément à des révoltes urbaines à Paris et à la révolte paysanne de la Jacquerie. La rançon exigée pour la libération de Jean le Bon, fixée à trois millions d’écus d’or par le traité de Brétigny en 1360, une somme colossale rarement atteinte à cette époque, épuise durablement les finances déjà exsangues du royaume et impose une fiscalité extraordinaire à la population.

Et depuis ?

Poitiers confirme, après Crécy, que la défaite anglaise infligée à la chevalerie française n’était pas un accident isolé mais bien la démonstration répétée d’un problème tactique structurel, que le royaume de France ne corrigera véritablement qu’avec la réorganisation militaire menée des décennies plus tard par Charles V et son connétable Bertrand du Guesclin. Sur un plan plus personnel, Jean le Bon, libéré en 1360 mais dont l’un des fils retenus en otage s’évade en violation du traité, choisit par un sens de l’honneur chevaleresque resté célèbre de retourner volontairement se constituer prisonnier en Angleterre, où il meurt en captivité en 1364, un geste souvent cité comme l’illustration ultime d’une conception de la parole royale déjà largement dépassée par les réalités politiques et militaires de son temps.

Le fils cadet de Jean le Bon, Philippe le Hardi, reçoit en récompense de sa fidélité sur le champ de bataille le duché de Bourgogne dès 1363, fondant ainsi la lignée des ducs valois de Bourgogne qui deviendra, un siècle plus tard, l’un des rivaux les plus puissants et les plus dangereux de la couronne de France elle-même. Sur le plan tactique, plusieurs chroniqueurs contemporains rapportent que le Prince Noir, conscient du danger représenté par la supériorité numérique française, avait lui-même envisagé sérieusement de négocier une retraite honorable avant la bataille, une option que l’intransigeance du camp français, désireux d’en finir définitivement avec les incursions anglaises, avait rendue impossible.

La noblesse française retombera une troisième fois dans le même piège près de soixante ans plus tard à Azincourt, confirmant que ni Crécy ni Poitiers n’auront suffi à corriger une tactique de charge frontale pourtant déjà deux fois sanctionnée.

Partager :XFacebookWhatsApp

Sources

  1. Bataille de Poitiers (1356) — Wikipédia
  2. Bataille de Poitiers (1356) : une défaite pour Jean le Bon — Histoire pour tous