Pourquoi Napster, lancé depuis une chambre d’étudiant, a-t-il fermé en seulement deux ans ?
Créé en 1999 par un étudiant de 19 ans, Napster atteint 80 millions d’utilisateurs en échangeant gratuitement des fichiers musicaux piratés. Poursuivi par Metallica et l’industrie du disque, le service est contraint de fermer par la justice américaine en juillet 2001.
Le contexte
Au format MP3, une chanson de quelques minutes ne pèse alors qu’un fichier de quelques mégaoctets, suffisamment léger pour être échangé sans difficulté sur les connexions internet encore modestes de la fin des années 1990 — une opportunité technique que l’industrie du disque n’a pas anticipée. En juin 1999, l’étudiant américain Shawn Fanning, alors âgé de dix-neuf ans, lance depuis sa chambre universitaire de la Northeastern University, à Boston, le service Napster : un logiciel de partage de fichiers en pair à pair permettant à ses utilisateurs d’échanger gratuitement, directement entre leurs ordinateurs personnels, des fichiers musicaux au format MP3, sans passer par l’achat d’un disque ni verser le moindre droit d’auteur aux artistes ou aux maisons de disques.
La décision
Le service se répand à une vitesse fulgurante à travers les réseaux universitaires américains, portée par le bouche-à-oreille et la simplicité d’usage du logiciel, jusqu’à revendiquer environ 80 millions d’utilisateurs à travers le monde au début de l’année 2000, sans que Napster n’ait jamais négocié au préalable la moindre licence avec les maisons de disques, les éditeurs musicaux ou les artistes dont les œuvres circulent alors librement et gratuitement sur l’ensemble de sa plateforme.
La chute
Dès le 7 décembre 1999, l’association professionnelle de l’industrie du disque américaine (RIAA) engage une action en justice contre Napster pour violation massive du droit d’auteur. Le groupe de metal Metallica rejoint la bataille judiciaire au printemps 2000, après avoir découvert qu’une démonstration non finalisée de son titre « I Disappear » circulait déjà sur le réseau avant même sa sortie officielle ; le groupe fait alors supprimer directement plus de 300 000 comptes d’utilisateurs identifiés comme ayant partagé ses morceaux. Le 12 février 2001, la cour d’appel du neuvième circuit des États-Unis donne raison à la RIAA, rejetant l’argument de Napster selon lequel son activité relevait d’un usage raisonnable protégé par la loi.
Les conséquences
Espérant transformer Napster en service payant et légal, le groupe de médias allemand Bertelsmann lui consent en octobre 2000 un prêt de 50 millions de dollars en échange d’une prise de participation conditionnelle. Ce projet de rachat échoue cependant lorsqu’un tribunal américain en bloque la réalisation en septembre 2002, précipitant Napster vers le dépôt de bilan et la liquidation pure et simple de ses actifs. Incapable de se conformer aux exigences de filtrage imposées par la justice sans voir son trafic s’effondrer, Napster avait de toute façon déjà été contraint de fermer entièrement son service le 11 juillet 2001, un peu plus de deux ans seulement après son lancement, réglant ses poursuites avec Metallica et le rappeur Dr. Dre le même mois. La marque Napster elle-même est rachetée par l’éditeur de logiciels Roxio, qui la relance dès octobre 2003 sous la forme d’un service de streaming musical entièrement payant et légal, sans rapport technique avec le logiciel de partage original.
La marque connaît ensuite plusieurs changements de propriétaire successifs : rachetée par l’opérateur de streaming Rhapsody en 2011, elle finit par donner son nom à l’ensemble du service, Rhapsody choisissant en 2016 de se rebaptiser purement et simplement Napster.
Et depuis ?
Bien que juridiquement vaincu, Napster a durablement changé les habitudes de consommation musicale et mis en lumière, de façon brutale, l’inadéquation du modèle économique traditionnel de l’industrie du disque face à l’essor d’internet. Cette pression contribuera directement, au cours de la décennie suivante, à l’émergence de plateformes de streaming légales par abonnement, à commencer par Spotify, conçues précisément pour répondre à la demande de musique instantanément accessible que Napster avait révélée sans jamais parvenir à la monétiser légalement lui-même.
Sources
- Napster — Wikipedia
- When Metallica Sued Napster and 335,000 Fans Got Banned — Ultimate Classic Rock
- July 26, 2001: Naptime as Court Shuts Down Napster — Best Classic Bands
- What Ever Happened to Napster? — TechSpot
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